Cette rubrique est à l'initiative de Patrick, le fils qui tient, par ce biais, à décrire le pourquoi de la création de notre "CLUB RS 57" ...

En 1971, mon frère Patrick, Mécanicien de formation, passionné de sport automobile et d'Alpine en particulier, décide de se lancer dans la compétition automobile avec pour l'équipe d'assistance mon père et moi. Il fit l'acquisition d'une belle Alpine A110 1600S dans sa livrée bleue d'origine et commença à nous expliquer ses ambitions pour la préparation de la compétition. Il se rapprocha du club ASA57 de l'époque dont certains membres couraient en cours de côte pour avoir les informations nécessaires à la préparation de la voiture.

Le défi était lancé et la voiture se retrouva vite sur chandelles dans le garage avec dépôt du moteur, mise en conformité de la caisse avec arceau, extincteurs etc .... il déculassa le moteur pour un resurfaçage, modifia à la main (papier de verre, etc ...) les lumières (admissions) et les lumières (échappements) afin que le moteur passe de 1600 à 1800.

Après toutes ces modifications, ce fut l'heure de la remise en place du moteur par le dessous de la voiture et nous nous retrouvâmes, mon père et moi à plat dos pour maintenir le bloc moteur pendant que mon frère, Patrick, refixait celui- ci sur les supports dédiés. Ce fut ensuite le tour de l'échappement compétition de marque DEVIL, un 4 en 1 court ...

Après qu'il ait effectué les différents branchements pour finaliser le remontage du bloc 1800, ce fut le moment tant attendu de la remise sur les roues de son Alpine pour les premiers essais de remise en route.

Il monta dans la voiture, mis le contact ... Nous entendîmes la pompe à essence s'activer et .... après quelques courts tours de démarreur, celle-ci se mit à vrombir immédiatement.

Nous fûmes, avec mon Père, stupéfait de la qualité de la préparation effectuée par mon frère, il nous paraissait incroyable qu'elle commence tout de suite sans réglage plus approfondi ...

Vinrent ensuite les essais fréquentés sur le circuit de Chambley et les différents réglages carburation et allumage pour que celle-ci donne la pleine puissance à partir d'un certain régime moteur ...

Je me rappelle de certains essais faits sur route ouverte en respectant au mieux la réglementation de l'époque et de la puissance du moteur, mais aussi de la consommation de carburant avec les deux carburateurs WEBER de 40 double corps qui respiraient à plein régime. .

Puis ce fut le jour tant attendu de la 11ème course de cote d'Abreschviller le 09 mai 1976.

Nous arrivâmes au parking de la course de côte avec le plateau de camion Renault de la carrosserie du XXème Corps Américain de Monsieur Charles Schwendimann, lieu où mon frère travaillait et 1er sponsor dont la publicité était inscrite sur le capot avant de la Berlinette.

Après les différentes vérifications effectuées par le commissaires de cours, la voiture passa de groupe 3 à groupe 4, ce que nous n'avions pas prévu .... une pression supplémentaire sur les épaules de mon frère, la veille de sa première montée officielle en cours.

Le soir, j'eu le privilège passer une montée de reconnaissance, route ouverte, de nuit, avec mon frère, et j'avoue que de voir toutes ces personnes apparaissent et applaudir dans les phares de la voiture me fit me rendre compte de l'immense bonheur que j'avais de l'accompagner et de partager ce moment inoubliable avec lui.

Le lendemain matin, départ de la première montée ... Nous sommes en bas avec mon père et attendons son départ. à son top il démarra en trombe, passa les différents rapports de boite et disparu dans la montée ....

Quelques minutes plus tard, la sonorisation de l'organisation annonça un arrêt momentané de la course liée à une sortie de route ...

C'était mon frère et son Alpine numéro 77 qui avait effectué cette sortie de route dans la dernière courbe à 80 mètres de l'arrivée .. son véhicule se retrouva sur le côté bloqué par les arbres qui bordaient toute la montée de la course. ..il décéda sur le coup ....

Nous apprîmes bien plus tard que ce virage avait fait d'autres victimes et lorsque les officiels nous demandèrent si nous désirions engagés des poursuites contre l'organisation de la course, mon père leur dit fébrilement qu'il faudrait simplement protéger cette sortie de courbe .. .

Ce fut fait l'année suivante, un rail de sécurité fut installé.

Une sortie de piste d'un prototype au même endroit se solda par un retour sur la piste et un bras cassé pour le pilote ...

J'avais 18 ans, il en avait 20 et est parti au volant de la voiture dont il rêvait et avec sa passion du sport automobile et de Renault sport ...

Ce devait être les premières joies de partager en famille l'aboutissement de tant d'efforts et de sacrifices ...

La finalité devait nous permettre de faire des rallyes ensemble ... C'est un rêve que je partage toujours avec lui aujourd'hui par la pensée ...

Francis